Human at work : entre Grey’s Anatomy et la réalité, le quotidien d’un infirmier anesthésiste au Luxembourg

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Publié le 17/02/2026, par Loïc Braun

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Derrière chaque métier se cache une personne, un humain avec une histoire. Dans un monde ultra connecté et en constante évolution technologique, et notamment avec l’émergence de l’IA, il est important de rappeler l’importance de l’humain. Dans cette série d’articles, découvrez le parcours, les choix et l’engagement de ceux qui font de leur profession une vraie vocation au Luxembourg.  


« Ce qui fait la valeur de notre métier, c’est le lien humain et le plaisir d’apporter de l’aide. Rien, pas même l’IA, ne peut le remplacer. » 



Un parcours façonné par des expériences marquantes 


À 30 ans, Yann exerce aujourd’hui comme infirmier anesthésiste, une profession exigeante qui l’amène à évoluer entre bloc opératoire, soins intensifs et, à terme, le préhospitalier (SAMU). Originaire du Luxembourg, avec des racines luxembourgeoises et belges, son parcours n’avait pourtant rien d’évident au départ. 


Initialement attiré par la kinésithérapie, il a décidé de commencer par une formation d’infirmier afin de s’immerger dans les métiers de la santé, et c’est au cours de sa première année qu’il a découvert sa véritable vocation. Diplômé en 2018, il souhaite rapidement se spécialiser en anesthésie. Mais après un premier échec pour des raisons personnelles, il décide de mettre ses études en pause pendant trois ans. Une période loin d’être inactive, puisqu’il multiplie les expériences, entre soins auprès de personnes âgées, missions à la Croix-Rouge et participation aux campagnes de don du sang, qui viennent enrichir son expérience et consolider sa motivation. 


En septembre 2022, il reprend ses études et obtient son diplôme d’infirmier anesthésiste en 2024, avant de rejoindre peu après les Hôpitaux Robert Schuman


© Hôpitaux Robert Schuman Kirchberg 


Fun fact : enfant, il s’était pourtant juré de ne jamais travailler à l’hôpital. « Je me souviens que le jour de mes 7 ans, j’avais dit à ma mère que je ne voulais rien avoir à voir avec les hôpitaux. »  


Avec le recul, son parcours prend une dimension presque paradoxale. Sociable et tourné vers les autres, il réalise progressivement qu’il ne souhaite pas un métier de bureau, mais une profession active, humaine et concrète



La polyvalence d’un métier exigeant 


Le quotidien de Yann est difficile à résumer car chaque journée est différente. « Chaque minute, voire chaque seconde, compte », explique-t-il. Selon les patients et l’évolution de leur état, l’organisation peut changer à tout moment. 


Au bloc opératoire, sa mission consiste à endormir le patient, à garantir sa stabilité pendant l’intervention puis à assurer un réveil en toute sécurité. En soins intensifs, le travail repose sur une analyse constante : surveiller les paramètres vitaux, interpréter les résultats médicaux et adapter les traitements avec les médecins. « On surveille, on analyse, on agit et on refait une évaluation après. C’est un cycle continuel », souligne-t-il. 


Chaque patient étant unique, aucune situation ne se ressemble vraiment. « Les examens peuvent être identiques, mais l’évolution et le traitement restent totalement individuels, et c’est ça que j’aime dans ce métier. » 


Parmi les qualités essentielles pour exercer ce métier, Yann cite l’empathie, l’ouverture d’esprit, la patience et la capacité d’adaptation. Le rythme de travail représente toutefois une réalité importante à prendre en compte dès le début de la carrière. 


Yann n’a pas encore intégré le service préhospitalier (SAMU), qui requiert 4 à 5 ans d’expérience avant de pouvoir postuler. Dans ce rôle, il serait à mi-chemin entre le CGDIS et l’hôpital, assurant la prise en charge précoce des patients, leur stabilisation et leur transport rapide vers l’hôpital. Travailler au SAMU reste l’un de ses grands rêves professionnels


Pour en savoir plus sur le métier d’infirmier, consultez notre article dédié



Entre clichés et réalité : l’infirmier anesthésiste face aux urgences 


Le métier confronte régulièrement à des situations critiques, avec des arrêts cardiaques, patients instables ou urgences vitales. « Les dégradations soudaines, c’est notre quotidien », explique-t-il. Face à ces moments, la gestion du stress est essentielle


Certaines expériences marquent profondément. Il se souvient notamment d’une intervention lorsqu’il était encore en formation, où un enfant de cinq ans avait appelé les secours et commencé à masser sa mère inconsciente avant même leur arrivée : « Il a fait preuve d’un calme extraordinaire. » La patiente s’en est d’ailleurs sortie. 


Pour faire face à des situations d’urgence, il insiste sur l’importance de ne jamais agir seul. Prendre quelques secondes pour échanger avec l’équipe permet souvent d’avoir une vision plus globale et d’agir plus efficacement. 


La cohésion d’équipe est d’ailleurs l’un des fondements du métier. « On ne peut pas être amis avec tout le monde, mais il faut une bonne dynamique et rester professionnels. »  


Contrairement aux idées reçues, la hiérarchie est peu marquée dans son service : « La hiérarchie existe sur papier, mais dans la pratique, on travaille main dans la main. » Cette collaboration étroite avec médecins et aides-soignants permet une prise en charge rapide et adaptée


Il est tout aussi essentiel de mettre en avant ces moments plus « tranquilles », qui ont leur propre importance, comme ces patients qui reviennent dire bonjour, merci ou encore un sourire au moment de quitter le service. « Voir les patients repartir avec un sourire, c’est ce qui me rend le plus fier. » 


Malgré cette richesse d’expériences, de nombreuses idées reçues persistent, notamment à cause des séries médicales. « Dans Grey’s Anatomy, il y a seulement 1 % de vérité, le reste, c’est du cinéma », affirme-t-il. Même avec un nombre limité de patients, la charge mentale et la responsabilité restent importantes, notamment face aux décès ou aux situations émotionnellement difficiles. Des dispositifs de soutien psychologique existent heureusement pour accompagner les soignants. 




Un métier en constante évolution 


Le secteur médical évolue rapidement, entre nouvelles technologies, médicaments et pratiques. La formation continue est donc indispensable, que ce soit par la lecture de revues spécialisées, des formations internes ou la consultation régulière des mises à jour fournies par les chefs de service et les médecins. « On fait beaucoup de choses par habitude, et il faut toujours se mettre à jour avec les nouvelles pratiques à appliquer », précise Yann. 


L’IA fait également partie des discussions dans le secteur, mais Yann reste convaincu qu’elle ne remplacera jamais l’humain. L’IA peut aider pour la recherche ou le suivi des données, mais elle ne peut pas prendre en charge un patient. 


Le Luxembourg, quant à lui, se distingue par la forte présence de travailleurs frontaliers. « Diverses études ont montré que s’il n’y avait que des Luxembourgeois dans le domaine de la santé, cela représenterait seulement 30 % du corps soignant et médical du Grand-Duché », explique-t-il. Le système devient ainsi multiculturel, non seulement sur le plan géographique, mais aussi culturel et intellectuel. Au quotidien, cette diversité facilite la communication avec les patients et permet de lever les barrières linguistiques, parfois grâce aux collègues polyglottes ou aux interprètes présents dans les hôpitaux. 


Selon Yann, les conditions de travail au Grand-Duché restent particulièrement avantageuses par rapport aux pays voisins, que ce soit en termes de charge hiérarchique, de suivi des équipes ou de soutien psychologique. Les nombreux groupes de soutien internes évoqués auparavant permettent de maintenir la santé mentale des employés et garantissent un environnement de travail durable et équilibré



Gérer son rythme et ses priorités 


Le rythme de travail, souvent en shifts et incluant week-ends et jours fériés, demande une organisation rigoureuse. « Je dois parfois faire des sacrifices, mais je peux quand même profiter de ma vie privée », explique-t-il. Avec le temps, chacun apprend à poser ses limites. 


Pour celles et ceux qui souhaitent se lancer, il rappelle qu’il faut avant tout être motivé et aimer le contact humain. Il considère avoir fait de sa vocation son métier, un engagement exigeant mais profondément enrichissant pour tous ceux qui veulent réellement faire la différence au quotidien. 




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